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pendant la pause café

Les sites des candidats à l’élection présidentielle

Posté le 31 janvier 2012 | Tags : ergonomie webdesign médias

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées” martelait un vieux slogan dans les années 80.
À quelques semaines des élections présidentielles, vérifions si ce slogan a toujours un sens, et s’il s’applique à la communication des hommes politiques d’aujourd’hui.

Les followers du quinquennat

Jamais le quinquennat d’un président n’avait autant eu à composer avec les médias.

Les médias dits “traditionnels” (presse, TV, radio) sont entrés, avec l’élection de Nicolas Sarkozy, dans l’ère de l’information en temps réelle et en continu, que celle-ci soit importante ou anecdotique.

Rapidement débordés par le Story Telling proposé par le nouveau président, ces médias ont eu du mal (et ont toujours pour certains) à s’adapter à ce nouveau rythme : les chaînes d’information en continu en sont encore à attendre l’information (les fameux envoyés spéciaux qui passent la journée à répéter qu’il n’y a rien de nouveau à la sortie de Matignon) ou à faire feux de tout bois en émettant des hypothèses sur une “potentielle fuite d’une source proche du dossier”… L’information n’en sort pas grandie… le spectateur non plus.

Pour les “nouveaux médias” (Web, réseaux sociaux), la donne était différente, car les politiques ont vite sentis que ce serait cette fois, à eux de s’adapter au média (et pas le contraire comme avant).

Avec 5 ans de recul, on pourrait se dire aujourd’hui, en regardant le site de l’Élysée par exemple, que nos dirigeants ont fait un véritable effort de professionnalisation et d’adaptation du discours politique : blog, page facebook, réalisation de courtes vidéos, témoignages, réactions, discours politique réduit à son expression la plus minimale et efficace (pas toujours), organisation de la parole politique (on discute sur twitter, on réagit sur les blogs, ont parle plus posément sur le site institutionnel, etc.). 

Le site “Désirs d’avenir” de Ségolène Royale en 2007 n’est plus qu’un vilain souvenir (même s’il a marqué pas mal de monde à l’époque).

Mais, car il y a un “mais”, a-t-on vraiment des idées (et toujours pas de pétrole) ? Ou savons-nous simplement les “pomper” ailleurs ?

Il suffit de se connecter au site de la maison blanche (http://www.whitehouse.gov/) pour en avoir rapidement le cœur net…

Le président le plus au fait des nouvelles technologies est sans conteste Obama. Depuis sa campagne de 2007, le nouveau président des États-Unis a su utiliser les nouveaux médias pour se faire une place médiatique importante, passer des messages et soigner son image. Il n’est donc pas étonnant que le site de la maison blanche soit devenu une référence en matière de communication politique institutionnelle.

Mais fallait-il pour autant en faire une copie jusque dans la forme ? Avouez que la ressemblance est troublante.

Sommes-nous condamnés à suivre les autres en matière de communication ou peut-on travailler à une forme différente ? C’est sans doute ce que François Hollande et son agence de communication ont voulu tenter.

“FRançois Hollande, le changement c’est maintenant”

Comment ne pas sourire à l’évocation de ce slogan pour le moins ringard ?

Et pourtant, l’ensemble de la communication mise en place pour la campagne de François Hollande est loin d’être ridicule.

Tout d’abord, un logo que beaucoup de spécialistes se sont accordés à féliciter pour sa clarté, et sa qualité graphique et typographique (voir l’article de Geoffrey Dorne).

Mais il faut également noter une volonté affirmée de simplicité et de clarté dans la forme, aussi bien sur le site officiel (peu d’entrées, des infos courtes, simples, actualisation fréquente), que dans la charte graphique à appliquer dans toute la stratégie cross-média du candidat.

Le risque d’une telle position est cependant de tomber dans le travers de la forme dénuée de sens.

À trop simplifier, à trop épurer, la forme devient le fond.

Le clip qui a fait le buzz récemment, même s’il part sans doute d’une bonne intention, en est un exemple flagrant : les “acteurs” miment le logo et martèlent le slogan.

On ne diffuse plus que de la forme, le fond à totalement disparu et toute relation entre le message et l’émetteur est anéanti. Il pourrait s’agir de la nouvelle campagne de pub de Free Mobile, “FRee Mobile, le changement c’est maintenant”…

Et les autres alors ?

Faire un tour sur les sites des autres candidats fait vite comprendre que la communication politique d’aujourd’hui requiert un investissement  (humain, financier, etc.) assez important pour pouvoir être menée de façon efficace.

Cependant, même pour les candidats étant crédités de moins d’intention de vote, on peut noter une professionnalisation et parfois même une prise de risque assez stimulante.

Le site de François Bayrou, par exemple, a fait le choix d’une rupture graphique et technologique.

Il a fait le choix de technologies et styles graphiques très en vogue (page d’accueil très longue avec des ancres, style graphique proche des “infographies”, utilisation des images rondes, des titres rubans), là où certains vont justement jouer la rétrocompatibilité et le côté rassurant de ce à quoi les internautes sont habitués (www.boutin2012.fr, www.marinelepen2012.fr).

D’autres encore, sont tout simplement à la peine, avec des sites peu lisibles et mal structurés (www.chevenement2012.fr, www.placeaupeuple2012.fr, www.debout-la-republique.fr, www.evajoly2012.fr, www.republiquesolidaire.fr, www.cap21.net).

Certains en sont même restés au web 1.0 (www.lutte-ouvriere.orgwww.hervemorin2012.fr, www.poutou2012.org, www.alliance-ecologiste-independante.com), voir même sans site web (www.nihous2012.fr).

Enfin, l’un d’entre-eux aurait carrément du s’abstenir (www.udg.fr).

Et aux États-unis alors ? Eux qui sont, soit disant, toujours en avance, font-ils mieux ?

Et bien, pas franchement, à deux exceptions près.

Dans la mosaïque bleue et rouge des sites de la campagne présidentielle américaine, deux sites sortent du lot.

Le premier est celui du président sortant Barack Obama. Ayant profité de l’expertise de professionnels de la communication politique durant son quadrannat, Obama propose un site web jouant l’équilibre parfait entre le texte et l’image, entre le slogan et la citation, et surtout avec un graphisme léger, reposant et loin du style outrancier de ces adversaires (qui sont souvent en photo avec les bras levés en train d’haranguer la foule).

À noter que le site utilise la technique du Responsive Design qui permet au site de s’adapter au périphérique utilisé par l’internaute (voir ci-dessous le site dans 3 tailles d’écran différentes qui correspondent à une version desktop, ipad et iphone)

Une belle réussite graphique et stratégique à mon avis. Mais est-ce suffisant pour l’emporter ?

Le second site ne va sans doute pas rassurer Obama, car nous sommes là, sans doute, face au plus beau site politique qui ai été fait, mais voilà c’est le site d’un perdant.

Le site de Herman Cain est extrêmement bien marketé, pour exemple, le nom du plan de reforme fiscale qu’il propose est “9-9-9” : 9% de réduction des impôts des particuliers, des entreprises et des produits : malin et bien pensé.

Mais il a surtout attiré l’œil des graphistes du monde entier par sa qualité graphique et la vidéo de présentation de son projet.

Hélas, une affaire de harcèlement sexuel lui a fait perdre toute crédibilité. Il soutient désormais Newt GinGrich dont le site semble tout droit sorti d’un template de wordpress.

Rendez-vous en avril

En conclusion, on ne peut évidemment pas deviner si un candidat va gagner ou perdre une élection en regardant sa stratégie de communication, mais de plus en plus d’hommes politiques s’appliquent à adapter leur discours aux nouveaux médias, qui seront demain, leurs vecteurs principaux de communication, sans doute au détriment des médias traditionnels qui continueront de diffuser ce qu’on leur donne à diffuser (parfois sur 10 chaînes en simultané).